VOYAGE A MARSEILLE 5

Publié le par maybruce

Jueta et Simon adoraient Toulouse et ne songeaient plus à partir. Ils avaient effectué la tournée des villes du Languedoc et des châteaux présentant leur spectacle, ils interprétaient leurs chansons celles de Bernard de Ventadour ainsi que celles de Raimon VI. Simon était un adepte de plus en plus convaincu de la doctrine Cathare au grand désespoir de Jueta. Il écoutait un prédicateur extrémiste nommé Guilhem qui rejetait le mariage et disait que l’oeuvre de chair était un piège de Satan. Il prétendait que l’abstinence conduisait à la vie éternelle. Jueta aimait l’amour, voulait se marier avoir des enfants. Depuis quelques semaines Simon faisait lit à part. Je maudis ce Guilhem qui m’éloigne de Simon. Elle faisait part des ses tourments au comte.      

« Mon enfant, Guilhem n’est pas un parfait, car un parfait n’impose pas ses idées il les vit. »

« Mais que faire je veux mener une vie normale avec Simon que puis-je faire. »

« Prenez patience ma petite, je vous aiderais d’ici deux jours très exactement le vingt et un mars, allons ne pleurez  pas, plus que deux jours à attendre. »

La nuit tombait sur Toulouse, les invités partaient du vieux château , Jueta toujours à l’affût remarqua deux hommes pénétrant par la porte principale. Un homme d’une cinquantaine d’année au maintien imposant ouvrait le marche, il portait sur son pourpoint blanc une croix rouge au quatre extrémités pattées, son nom était Jean de  Villebonne, le comte le reçu comme un invité de marque. Un jeune homme avec un accent bizarre l’accompagnait, il était très beau et une bouffée de désir l’envahit, il était richement vêtu de couleur verte foncée, de cette couleur nommée de nos jours vert Véronese, elle remarqua ses yeux du même vert que ses habits. Elle admirait  sa beauté sauvage et ses cheveux bruns légèrement frisés. De toute évidence c’était aussi un invité du château où chacun l’appelait Mateo le Lombard de son vrai nom Mateo Aetone di Battagli, un nom vraiment compliqué. Elle aurait sans hésité trompé Simon mais malheureusement elle s’aperçut  qu’une femme l’accompagnait. C’était une sarrasine aux cheveux noirs crépus et au teint mate, elle jetait des regards mauvais aux femmes qui gravitaient autour de Mateo.  

Il était plus de minuit et Juetta errait comme une âme en peine dans les couloirs froids de la vieille bâtisse, elle entendit des voix dans une petite pièce où filtrait une légère lumière sous la porte, elle marcha sur la pointe des pieds pour écouter mieux les conversations. Trois hommes conversaient dans la pièce et apparemment des problèmes différents les reliaient

Elle colla un oeil par une fente de la vieille porte en bois, elle voyait les trois hommes. Elle observait le beau Mateo qui avait l’air si triste, puis de chaque côté de lui se tenait Jean de Villebonne et Raimon tout deux âgés d’une cinquantaine d’années environ.

« Mateo disait Jean, je pense que ce serait folie pour vous de devenir Templier, en effet d’après notre règle nul ne peux devenir Templier s’il laisse une femme derrière lui. »

« Mais je n’ai pas d’enfant maître Jean. »

« Cela peut venir, de plus je le sais bien Raîcha s’est convertie pour vous. En terre sainte vous serez un très bon interprète, notre banquier et notre armateur, il ne fait pas y songer. » 

Mateo piqua la tête en direction de la table. Raimon prit la parole.

« Jean la guerre se prépare, je pense qu’il faudra bientôt songer à mettre les valeurs des commanderies occitanes à l’abri soir en Lombardie, soit à collioures chez mon gendre Pierre d’Aragon. »

« Mais vous savez bien que nous ne participerons pas à cette guerre, nous ne combattons qu’en terre sainte, nous accompagnons les pèlerins, il n’est pas stipulé que nous devons combattre les hérétiques. »

« Certes maître Jean, mais vos commanderies sont riches et une croisade demande beaucoup d’argent, il vaudrait mieux mettre à l’abri vos valeurs, ou du moins celles qui ne sont pas indispensables. Les commanderies de Lombardie comme d’habitude vous donnerons un morceau de papier, mais je ne sais pas comment cela marche. » 

  « Et bien Raimon , c’est simple, nous avons par exemple cent louis d’or nous prenons un bout de papier ou il est indiqué, cent louis, ou encore 10 papiers valant chacun dix louis et ces papiers sont valables dans toutes les commanderies, ainsi nous pouvons circuler sans susciter des convoitises. »

« Astucieux, dit Raimon. »  

« Astucieux également vos fabriques et moulins en commun, en effet un paysan ne peux s’acheter un moulin, mais cinquante le peuvent, ils achètent ainsi chacun un cinquantième de moulin, de plus vous êtes très bien considéré depuis que vous avez accordé plus de pouvoir aux villes. » 

« Un philosophe a dit le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend absolument fou et je tiens à rester sage. »

« Au fait comment se portent vos chevaliers Rose-croix ? »

« En ce moment je suis le maître de cette confrérie dans la région de Toulouse, nous appelons cela un maître de Loge, mais la durée n’est que d’un an."

« Mais la loge n’est-elle pas l’abri qu’utilise les artisans libres, comme les tailleurs de pierre, les verriers, les maîtres d’oeuvre, les taillandiers, les forgerons travaillant sous la conduite de l’architecte, mais quels travaux faites vous dans vos loges. »

Raimon éclata de rire.

« A messire Jean, vous le savez et sans doute dans le détail, vous prêchez  le faux pour savoir le vrai,  vous n’ignorez pas que le premier grand maître des templiers était un chevalier rose-croix  et vous même êtes membre des frères élus chevalerie initiatique des templiers et vous êtes un des quatre vingt et un membre, allons ne faites pas le naïf. »

Jean allait répondre quand Raimon mit un doigt sur ses lèvres.

« Derrière la porte se trouve une espionne, allons Jueta venez vous réchauffez prés du feu. »

Juetta avait envie de s’enfuir, mais la voix du comte la rassura.

« Allons ne faites pas l’enfant, venez Juetta que faire pour vous? »

« Mais comment avez vous deviné. » Dit avec effarement Mateo.

« Ne cherchez pas de sorcellerie ou il ne s’en trouve point. » Répondit le comte, au craquement léger du vieux parquet, et au frôlement de fines chausses ou de pieds nus, cette légèreté indiquait une femme légère ou un enfant, ce ne pouvait être que Jueta qui n’arrive pas à dormir. »

Jueta avait envie de s’enfuir, elle rentra toute rouge, Jean et Raimon éclatèrent de rire bientôt suivi par Mateo qui sortit ainsi de sa dépression pendant quelques minutes.

« Mon enfant qu’avez vous poursuivi le comte, vous errez dans les couloirs froids comme une âme en peine, Guilhem le cathare n’aurait-il pas encore frappé? Trop de plaisir avili l'âme mais pas assez la rend triste, insistez pour rejoindre la couche de Simon. »

« C’est que nous ne sommes pas mariés, c’est un péché mortel. »

 « Ne l’avez vous pas déjà fait, et nous avons parmi nous un homme d’église, un templier, il va vous donner l’absolution et de plus il va bénir votre union. »

« Cela me fait un grand plaisir messire Raimon, d’autant plus que je ne suis pas entièrement d’accord avec nos amis les cathares et plus particulièrement les plus intransigeant d’entre eux comme notre ami Guilhem , car si selon eux la vie sur terre est un enfer à force d’y penser elle va le devenir un jour et ils vont disparaître inexorablement. Mais notre amie Juetta a besoin de nous.  »

Publié dans Recits

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