BONHEUR 1

Publié le par maybruce

 

Je me revois encore en ce mois de Juillet 1232, je marche au bord de la mer, je suis vêtue d’une simple pièce de tissu entourant mes hanches, mon grand benêt vient à ma rencontre, je vois dans ses yeux une lueur de désir, difficile de ne pas me désirer dans ma tenue. Il regarde mes petits pieds charmants, mes fines chevilles, mes jambes élancées et bien tournées puis mes hanches, mon ventre plat et mes seins en pomme, puis son regard se pose sur mes lèvres charnues et se perd dans mes immenses yeux verts. A cette époque les miroirs étaient très chers et , nous vivions en partie sans tête, heureusement de tant à autre il y avait les flaques d’eau. Mais mon corps n’était rien s’il n’était embrassé par un coeur brûlant. J’étais remplie de feu. C’était normal me disait Jean car j’avais été conçue sous le signe du bélier et j’étais née sous le signe du sagittaire, mais ce feu était un peu atténué par l’eau de la lune et la terre de la planète Venus. C’est vrai j’étais forte sensible au plaisir et à l’amour charnel, quand celui ci m’avait fait défaut des années auparavant je n’avais plus le goût de vivre. Je n’avais toujours pas d’enfants et je m’étonnais car suivant les croyances de cette époque une femme ne pouvait avoir d’enfants si elle n’avait pas de plaisir, car les enfants naissent de la rencontre des liquides de l’homme et ceux de la femme. Heureuse et bienfaitrice croyance pour nous femme du XIII éme siècle nos soudards ôtaient leurs côtes de maille pour nous prendre, je plaisante mais les jeux de l’amour étaient fort prisés et votre siècle n’a absolument rien à nous envier, enfin je ne me plaignais pas.

Une question me taraudait, nos prêtres disaient.

« Le plaisir vient du démon. » Alors pourquoi Dieu qui a créé nos âmes et nos corps aurait laissé le démon parfaire son oeuvre rien que pour nous rendre la vie impossible, alors Dieu n’avait pas créé le monde. Je suivais en cela la doctrine cathare qui déclarait puisque le monde est l’enfer l’acte charnel n’est pas plus un péché que d’autres actes cela me semblait logique, sauf que le monde n’est pas forcément l’enfer, enfin pour plus de prudence à chaque fois que mon grand benêt me donnait de la joie après je faisais une prière d’action de grâces et remerciait Dieu pour le plaisir et cela ne le diminuait pas la fois suivante bien au contraire, le démon serait bien attrapé si le plaisir venait de lui et je remarquais ainsi qu’avec mes prières la joie se prolongeait comme une braise sous la cendre, j’étais convaincue que le plaisir venait de Dieu.   

Je m’entretenais de mes préoccupations avec ma cousine Roberta, elle me parlait de sa fraternité.

« Vois-tu notre fraternité permet d’avoir un contact direct avec Dieu, Tu peux l’imaginer comme un grand seigneur vivant dans un donjon mais tu ne peux le rencontrer, tu dois recueillir ses paroles par l’intermédiaire des vassaux qui sont les représentants des différentes religions, disent-ils la vérité, disent-ils faux nul ne le sait, la fraternité va te faire découvrir les passages secrets menant au donjon, libre à toi de fréquenter les vassaux."  

Libre façon de parler, l’inquisition avait instauré dans le comté de Toulouse la messe obligatoire. Je me méfiais des inquisiteurs je venais de recueillir un enfant d’une de mes employées morte dans les griffes de l’inquisition horriblement tourmentée. J’avais deux enfants maintenant.

« Pourquoi n’ai-je pas d’enfants à moi? »

«  Je n’en sais rien me disait ma tante Guillemette »

« Ce n’est pourtant pas la joie qui me manque avec mon grand benêt, il est au petit soins pour moi. »

« Sans doute mais peut-être as tu peur de mourir si tu en mets un au monde, car ta mère est morte peu après ta naissance ou peut être désires-tu élever ceux qui ne possédent pas de mère, bonne âme que tu es. »

Publié dans Recits

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