RECIT N°7

Publié le par maybruce

  L’encerclement 


Le soleil se levait, le ciel ressemblait à une immense orange plongée dans une compote de framboise. Les petits nuages de brumes s’attardaient comme des flocons de neige géants. La lumière filtrait à travers les vitraux des trois fenêtres de la cuisine de l’Hacienda du bout du monde, vitraux sont un bien grand mot pour designer les petits carreaux de couleurs des fenêtres, néanmoins le spectacle des différents carrés des fenêtres devenant des petits losanges sur le sol était merveilleux. Juanita se leva la première, elle appréciait cette heure, c’était comme le premier matin du monde. C’était sa recréation (re)création pourrait-on dire, car les choses comme les mots ont souvent un double sens, un côté pile et un côté face. Mais ce matin Juanita ne se sentait pas bien, elle aurait préféré rester au lit. Elle ne sentait pas ce jour nouveau, et elle avait raison.

 Au loin se découpant sur le ciel rougeoyant, un cavalier arrivait au galop. Il faisait penser à l’un des cavaliers de l’apocalypse, et c’était bien le cas. Sans ralentir le cavalier pénétra dans l’Hacienda en sautant la barrière de bois sans prendre le temps de l’ouvrir, puis il frappa à grands coups de poings sur la porte  
 « Mais que veux-tu » dit Juanita en ouvrant la porte d’un air courroucé. Elle venait de reconnaître Ricardo, un contremaître de l’Hacienda qui revenait de Monterrey où il avait effectué quelques courses.
 « Tu es rentré plus tôt que prévu. »
 « Tu sais Juanita, j’ai fais le tour des différentes auberges de la ville et les nouvelles ne sont pas bonnes, et puis je suis passé tout près d’ici a Nuevo-villa. 

«  Et alors Ricardo dit Juanita très impatiente

«  Et bien tout d’abord, les alentours grouillent de soldats, au Sud nous trouvons l’armée régulière, à l’est et à l’ouest nous trouvons les guérilleros de Juarez qui tentent d’effectuer une jonction. »
 

« Il reste le Nord. »
« Non le Nord aussi est fermé, profitant de l’aubaine se situent les apaches et les Navajos. »
«  En sommes nous au centre du cyclone, qu’allons nous devenir »

« Je me le demande dit Ricardo, les guérilleros recherchent, le prêtre Français pour le fusiller, et recherchent aussi une religieuse annamite pour la mettre en prison. »

« Mais il faut prévenir le Wen. La sœur Martine»

« Trop tard elle est enfermée dans la  mission catholique »

« Comment cela enfermée? » dit Juanita

« Elle est belle et bien enfermée dans sa cellule, mais je ne sais si cela est dans le but de la protéger, ou bien dans le but de la livrer aux guérilleros qui la connaissent. »

«  Bon je vais prévenir les autres, le temps presse, prends du café, ta tâche est terminée pour aujourd’hui. »

Ce fût le branle bas de combat dans l’Hacienda. Les occupants prestement tirés du lit parlaient tous en même temps, imaginant toutes les hypothèses, soupesant toutes les solutions. Au milieu de ce tumulte seul Riberio restait impassible, immobile, les yeux clos assis sur sa chaise.
 

« Mais enfin Riberio, crois-tu qu’il est temps de dormir, bouge toi dit Isabel. »

« Je consultais mon maître intérieur. »

« A bon et que dit-il, si bien sur je puis me permettre d’être indiscrète. » dit Isabel courroucée

« Et bien, dans un premier temps nous allons cacher Emmanuel dans ton ancienne maison au nord du domaine. »

« Riche idée mais que fais-tu des indiens. »
 

 

Publié dans Recits

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