Récit N°4

Publié le par maybruce

 Juanita
 « Mais il faut que j’aille aider à la cuisine, oh là là plus de onze heures » dit-elle en regardant la montre gousset en argent de Riberio.
l
« Reste encore quelques instants, il me reste à te poser une question »

« J’espère que répondre ne prendra pas trop de temps »

« Non, il te suffira d’un mot, veux tu devenir ma compagne? »

Elle dit oui sans réfléchir, puis elle se mit à sauter de joie.

« Oui, oui, oui »
« Ta joie fait plaisir à voir, sais tu que tu as de l’énergie à revendre »

«  Tu sais, je m’étais fais une promesse, je me marierais, ou du moins je suivrais au bout du monde celui qui serait capable de me donner du plaisir, je m’étais fais une raison, je croyais que je finirais vieille fille "

« Je n’en suis pas le seul responsable, tu t’es donnée le droit au plaisir »

« Ne sois pas modeste, non seulement il y a le plaisir des sens, mais aussi quelque chose de plus profond, je ne sais comment le nommer, quelque chose de plus durable, je ne sais la joie, le bonheur, c’est un jour à marquer d’une pierre blanche un jour pas comme les autres, j’ai de la chance, quelle chance j’ai »

« Tu as été chercher ta chance, elle est même très souvent inscrite à l’avance, mais nous allons avoir du travail, nous serons de grands guérisseurs avec nos énergies conjuguées 

«  Toi tu l’es déjà, un grand guérisseur »

« Non disons que je suis utilisé par l’énergie universelle, l’énergie qui guérit, mais souvent je soigne le physique et pas le moral, ou bien je soigne le moral mais pas le physique, je soigne le moral et le physique mais pas le spirituel, aussi spectaculaires que puisse être les guérisons, elles ne sont pas durables, quand je suis dans l’action la réceptivité ne suit pas et inversement, nous deux nous serons complet, comme deux moitié d’orange

« Nous allons être riches alors »

« Oh que tu es drôle Juanita » Son sourire était à la fois tendre et moqueur, il l’attira vers lui avec infiniment de tendresse

«  Je ne t’offre pas une vie facile, crois tu que nous allons avoir pignon sur rue, non nous resterons dans l’ombre, le travail sera ingrat, car plus nous réussirons plus cela déclenchera la jalousie, mais nous serons deux, nos âmes sont reliées et de plus nous resterons en harmonie »

« Oh oui nous sommes en harmonie »

« Plus que tu ne l’imagines, ce n’est pas seulement dans un lit, mais en tous lieux et en toutes circonstances »  

«  Nous nous connaissons à peine, et je ne m’imagine plus vivre sans toi »

« Il en sera fait ainsi ma moitié »

« Que nous sommes bien dans cette hacienda »

« Certes ma moitié, mais le monde bouge autour de nous, des bouleversements probables nous attendent, je poursuivrais mon enseignement durant un temps, et nous serons obligés de partir » 

« Ah quel pays, toujours des bouleversements »

« Dis donc tu ne serais pas cousine avec Bernardo, tu sais lui aussi déteste le Mexique »

« Je suis Indienne et Mexicaine à la fois, tu parles d’un cadeau »

« Tu l’as choisi »

« Pourquoi, il n’y a pas de souvenir de ce choix, es-tu sûr de ce que tu dis »

« Oui ma petite mésange amoureuse »

« Heureusement que tu es là, ah je vis, ou plutôt je revis pleinement »

« Et tu en auras besoin de vivre pleinement, entre les sentiments anti-Français, les sentiments anti-religieux, le contentieux avec les américains, puis les vagabondages des tribus Apaches et Navajos qui pillent les villages et les haciendas, la situation n’est pas simple. Mais je ne fais pas l’oiseau de mauvaise augure, c’est épuisant d’être Mexicain »

Isabel rentrait doucement, son cheval était au pas. Elle savait ou plutôt elle sentait que sa vie encore une fois allait changer. Elle savait que le petit groupe d’adeptes allait éclater.
Qu’Emmanuel allait partir, que Riberio ne serait plus là. Sa tristesse lui collait à la peau comme le ferait un brouillard tenace sur l’écorce d’un arbre, elle entrait dans le brouillard et ne savait pas ce qui se trouvait après.

 

 

Publié dans Recits

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