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Jeudi 6 décembre 2007

L’ENSEIGNEMENT DE RIBERIO

Dans la cuisine de « l’Hacienda du bout du monde » le dîner chauffait doucement sur la plaque de fonte de la cuisinière avec un petit chuintement. Dehors le soir tombait, ce soir était une soirée spéciale car avait lieu la réunion, c’est à dire la soirée ou Riberio répondait aux questions. La vieille Nora préparait la pâte nécessaire aux galettes de maïs. Juanita sifflotait et effectuait des pas de danse. Elle était transformée, son corps si raide la veille avait acquis une souplesse de graminée ondoyant au vent.

«  Te voila bien heureuse Juanita aurais-tu trouvé un homme qui t’aurais convenablement ramoné » Son expression était très imagée

« Tu l’as dis, tu n’imagines pas ce que je suis contente »

« A la bonne heure, je commençais à me faire du soucis pour toi, mais quel est l’heureux élu »

Nora, tenait dans sa main une carafe de vin de la Sierra Leone un rouge léger  

«  Et bien c’est Riberio »

Nora laissa échapper la carafe qui se brisa sur le pavé.

«  Mais ça alors, mais ça alors »

« Oui, je vais partir avec lui, il m’a même invité à la soirée »

« Peux-tu préparer une nouvelle carafe j’ai le souffle coupé »

« Oui bien sûr » dit Juanita

Décidément, je pensais avoir tout vu, tout entendu se dit la vieille Nora. Il n’y a pas une Hacienda pareille dans tout le Mexique. Un quart d’heure plus tard elle apporta les galettes et les haricots rouges dans la salle à manger à coté. Riberio, Bernardo, Emmanuel, Martine et Isabel se tenaient assis sans dire un mot, Juanita parut.

"Assieds-toi Juanita, nous t’attendions » Dit Riberio.

Ils se servirent en vin

« Bon avant de commencer une précision, Juanita est ma nouvelle compagne, des questions? »

On entendit un verre se briser, c’était celui d’Isabel 

«  Comme nous avons une nouvelle participante, je précise les règles du jeu. Chacun d’entre vous a le droit de poser trois questions auxquelles je réponds si je le peux. Les questions se classent en trois catégories, celles auxquelles je peux répondre, celles auxquelles je connais la réponse mais je ne peux pas la dire, et enfin les questions auxquelles je ne connais pas la réponse. Trois questions c’est un maximum mais il n’est nullement obligatoire d’en poser trois. En tant que nouvelle arrivante je propose que Juanita pose la première question. 

«  C’est une question un peu personnelle, je voudrais simplement savoir qui tu es? »

«  C’est une question dont je ne connaît qu’une partie de la réponse, car qui peut savoir qui il est dans toutes les facettes de sa personnalité, mais commençons; je suis né au début du siècle il y a cinquante deux ans.

Un nouveau verre se brisa c’était celui d’Emmanuel surpris car Riberio paraissait trente cinq ans tout au plus. 

«  Donc je suis né il y a cinquante deux ans dans l’état de la Floride. Mon père venait d’émigrer, mon grand père était Milanais, il était sûrement un des premier Milanais à émigrer en Amérique c’était pendant le révolution Française, il épousa une indienne de la tribu des Séminoles, les maîtres de la Floride à cette époque. Ma grand mère était une chamane et c’est elle qui m’a initié. Précisons que mon grand père était Franc Maçon » 

Ils se regardèrent

« Je vous expliquerais plus tard ce qu’est un franc-maçon, mon grand père maternel était chinois et c’était un initié taoïste, nous avons parlé du taoïsme il y a de cela trois semaines. Mes parents et moi avons vécu vingt années en Chine, puis nous sommes partis et nous restâmes cinq ans en Europe plus précisément en Italie, puis nous sommes partis pour le nouveau monde en Floride. Dans ma jeunesse j’ai eu pour compagne une Italienne, puis plus tard une indienne Hopi, elle aussi comme ma grand mère était chamane, l’histoire parfois se répète. Il y a deux ans ma compagne a été tuée par les Américains. Je suis alors venu au Mexique et j’ai rencontré ma nouvelle compagne Juanita  qui a une question ? "

"Moi" dit Bernardo visiblement agacé par la perte d’une partie de son service en cristal.

« Pourquoi enseignes-tu, autrement dit de quel droit, qui ou quoi te permet d’enseigner »

«  Ce n’est pas un droit, il n’existe pas en ésotérisme un diplôme d’enseignant, je dirais que c’est surtout une mission ou une  fonction. Prenons une hypothèse, nous dirons que nous vivons plus d’une vie, c’est ce que je crois personnellement. Pour imager notre propos, nous disons que la vie est une école et que chaque vie correspond à une classe, dans cette grande école de la vie nous trouvons des gens dans les classes maternelles, d’autres dans les classes élémentaires d’autres enfin à l’université. Plus le temps passe plus les vies s’ajoutent aux vies plus nous avançons dans les classes et la capacité de choisir ce que nous décidons d’étudier augmente. Par exemple dans les classes primaires les programmes sont les mêmes partout, dans la vie nous apprenons à élever des enfants, cultiver les champs, soigner les bêtes, c’est le lot du plus grand nombre. Puis une fois arrivé en faculté nous pouvons faire du droit, de la médecine, des sciences naturelles et bien d’autres choses encore. Nous choisissons notre programme, comme la  vieille âme choisit sa vie, c’est ce qui se nomme la mission, mais poursuivons notre analogie, en sortant de leurs études certains deviennent professeurs, d’autres deviennent médecins ainsi certains enseigneront la mystique, les juristes étudieront le droit, pour les grandes lois cosmiques ce sera un cabaliste par exemple, le médecin de l’université de la vie deviendra médecin c’est à dire guérisseur, voir un  médecin tout court. J’ai en ce moment une double mission, celle de soigner et celle d’enseigner, c’est pour cette raison que je suis ici présent parmi vous c’est pour cela que j’ai choisi sur un autre plan mes parents et mes grands -parents. Si l’acquisition de mes connaissances peut vous sembler rapide, ceci est dû à mes vies antérieures »

par maybruce publié dans : Recits
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Vendredi 30 novembre 2007

 Juanita
 « Mais il faut que j’aille aider à la cuisine, oh là là plus de onze heures » dit-elle en regardant la montre gousset en argent de Riberio.
l
« Reste encore quelques instants, il me reste à te poser une question »

« J’espère que répondre ne prendra pas trop de temps »

« Non, il te suffira d’un mot, veux tu devenir ma compagne? »

Elle dit oui sans réfléchir, puis elle se mit à sauter de joie.

« Oui, oui, oui »
« Ta joie fait plaisir à voir, sais tu que tu as de l’énergie à revendre »

«  Tu sais, je m’étais fais une promesse, je me marierais, ou du moins je suivrais au bout du monde celui qui serait capable de me donner du plaisir, je m’étais fais une raison, je croyais que je finirais vieille fille "

« Je n’en suis pas le seul responsable, tu t’es donnée le droit au plaisir »

« Ne sois pas modeste, non seulement il y a le plaisir des sens, mais aussi quelque chose de plus profond, je ne sais comment le nommer, quelque chose de plus durable, je ne sais la joie, le bonheur, c’est un jour à marquer d’une pierre blanche un jour pas comme les autres, j’ai de la chance, quelle chance j’ai »

« Tu as été chercher ta chance, elle est même très souvent inscrite à l’avance, mais nous allons avoir du travail, nous serons de grands guérisseurs avec nos énergies conjuguées 

«  Toi tu l’es déjà, un grand guérisseur »

« Non disons que je suis utilisé par l’énergie universelle, l’énergie qui guérit, mais souvent je soigne le physique et pas le moral, ou bien je soigne le moral mais pas le physique, je soigne le moral et le physique mais pas le spirituel, aussi spectaculaires que puisse être les guérisons, elles ne sont pas durables, quand je suis dans l’action la réceptivité ne suit pas et inversement, nous deux nous serons complet, comme deux moitié d’orange

« Nous allons être riches alors »

« Oh que tu es drôle Juanita » Son sourire était à la fois tendre et moqueur, il l’attira vers lui avec infiniment de tendresse

«  Je ne t’offre pas une vie facile, crois tu que nous allons avoir pignon sur rue, non nous resterons dans l’ombre, le travail sera ingrat, car plus nous réussirons plus cela déclenchera la jalousie, mais nous serons deux, nos âmes sont reliées et de plus nous resterons en harmonie »

« Oh oui nous sommes en harmonie »

« Plus que tu ne l’imagines, ce n’est pas seulement dans un lit, mais en tous lieux et en toutes circonstances »  

«  Nous nous connaissons à peine, et je ne m’imagine plus vivre sans toi »

« Il en sera fait ainsi ma moitié »

« Que nous sommes bien dans cette hacienda »

« Certes ma moitié, mais le monde bouge autour de nous, des bouleversements probables nous attendent, je poursuivrais mon enseignement durant un temps, et nous serons obligés de partir » 

« Ah quel pays, toujours des bouleversements »

« Dis donc tu ne serais pas cousine avec Bernardo, tu sais lui aussi déteste le Mexique »

« Je suis Indienne et Mexicaine à la fois, tu parles d’un cadeau »

« Tu l’as choisi »

« Pourquoi, il n’y a pas de souvenir de ce choix, es-tu sûr de ce que tu dis »

« Oui ma petite mésange amoureuse »

« Heureusement que tu es là, ah je vis, ou plutôt je revis pleinement »

« Et tu en auras besoin de vivre pleinement, entre les sentiments anti-Français, les sentiments anti-religieux, le contentieux avec les américains, puis les vagabondages des tribus Apaches et Navajos qui pillent les villages et les haciendas, la situation n’est pas simple. Mais je ne fais pas l’oiseau de mauvaise augure, c’est épuisant d’être Mexicain »

Isabel rentrait doucement, son cheval était au pas. Elle savait ou plutôt elle sentait que sa vie encore une fois allait changer. Elle savait que le petit groupe d’adeptes allait éclater.
Qu’Emmanuel allait partir, que Riberio ne serait plus là. Sa tristesse lui collait à la peau comme le ferait un brouillard tenace sur l’écorce d’un arbre, elle entrait dans le brouillard et ne savait pas ce qui se trouvait après.

 

 

par maybruce publié dans : Recits
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Mardi 20 novembre 2007



1)      Il n’y avait pas l’être, il n’y avait pas le non être en ce temps.

  2)      Il n’y avait ni l’espace, ni le firmament au-delà

3)      Quel était le contenu ? Ou était-ce; sous la garde de qui ?. 

4)     
Y avait-il de l’eau profonde, de l’eau sans fond.

 Cette première strophe pose les mêmes questions que dans d’autres philosophies, il est aisé de reconnaître les mêmes interrogations que celles des kabbalistes par exemple, car avant la création  il y avait le sans fin ( Aîn soph), le sans fond étant donné que le temps et l’espace sont liés, nous trouvons également les mêmes interrogations dans la philosophie chinoise ou l’on parle du « sans forme »

  1)      Ni la mort, ni la non-mort n’étaient en ce temps.
 
2)      Point de signe distinguant la nuit du jour.

3)     
L’Un respirait sans souffle mû de soi-même.

4)     
Rien d’autre n’existait par ailleurs.

Seul était l’Un sans partage, l’unique n’avait pas de jour ni de nuit, car la nuit est différente du jour, qui dit nuit pense également au noir, aux ténèbres et le jour avec la lumière. L’Un existait par lui-même sans aucun libre-arbitre, c'est-à-dire que le souffle se faisait sans effort ni pensées, cela respirait mais cela n’était pas perceptible, il n’y avait ni chaleur ni densité ou plutôt ni densité ni chaleur, seul le souffle, l’air primordial était là, il était appelé le Verbe  ou  puissance d’après une tradition occidentale.   

 1)      A l’origine les ténèbres couvraient les ténèbres.

2)     
Tout ce qu’on voit n’était qu’onde indistincte.

3)     
Enfermé dans le vide, le devenant.

4)     
L’Un prit alors naissance, ce par le pouvoir de la chaleur. 

 L’onde indistincte est appelée dans d’autres traditions la vibration primordiale ou la mère de toutes les vibrations, l’Alpha des grecs, ou l’Aleph des hébreux, le Devenant est ce qui va arriver c’est l’idée du grand Architecte qui va être couchée sur le papier et être construite un jour, pour l’instant ce n’est qu’une idée , c’est un plan futur.

 1)      D’abord se développe le Désir,

2)     
Qui fît le premier germe de la Pensée.

3)     
Cherchant avec réflexion en leurs âmes,

4)     
Les Sages trouvèrent dans le non-Etre le lien avec l’Etre.

 Le Désir engendre la Pensée et la pensée engendre l’Action. C’est le triangle primordial, c’est la racine du libre-arbitre fondamental, les Sages par la suite voulurent se relier avec l’Etre primordial et pour cela essayèrent d’ôter le désir de leur cœur pour ne faire qu’un avec l’Unique. C'est-à-dire qu’en abandonnant le désir ils abandonnèrent l’action , cette notion se retrouve abondamment dans la Bagavad Gita venue après les védas puis remise en pratique dans le bouddhisme par la suite.

 1)      Leur cordeau était tendu en diagonale :

2)     
Quel était le dessus, quel était le dessous ?.

3)     
Il y eut des porteurs de semence, il y eut des énergies féminines.

4)     
En bas était l’instinct, en haut le Don.

 Ce passage est très important car de là découle la création, le cordeau tendu en diagonale est imagé par la notion taoïste du Yin et du Yang , le Yin étant l’instinct  et le Yang le Don car il faut des deux pour faire un monde . Nous avons ici la dualité primordiale qui est représentée par les deux colonnes du temple de Salomon Jakin et Boaz  nous trouvons aussi le cordeau dans la lettre Aleph     א           

La branche du haut représentant la branche masculine

La branche du bas représentant la branche féminine. 

Nous pouvons donc dire que ce passage des védas fait parti pleinement de la tradition primordiale.

 1)      Qui sait en vérité qui pourrait l’annoncer ici :

2)     
D’où est issue, d’où vient cette création ?
 

3)     
Les dieux sont en deçà de cet acte créateur :

4)     
Qui sait d’où il émane ?.

 Ce texte nous indique que nous ne pouvons comprendre complètement  Dieu. En vérité de cette création  nous ne pouvons connaître que les effets, ses manifestations et non la cause primordiale, mais c’est déjà un travail énorme qui va nous occuper de nombreuses vies que de connaître les manifestations visibles et invisibles. Il en découle de cela que toutes les religions croyant dire la vérité sont dans le mensonge.

 1)      Cette création d’où elle émane,

2)     
Si elle a été fabriquée ou si elle ne l’a pas été,
 

3)     
Celui qui veille sur elle au plus haut du ciel,

4)     
Le sait sans doute : ou bien ne le sait-il pas ?

 Cette strophe indique d’abord que la création est émanée mais que le créateur ne sait pas forcément ce qu’est cette création, cela rejoint aussi les conceptions suivant lesquelles la matière se complexifie au cours de l’évolution et que la conscience est de plus en plus consciente d’elle-même. Dieu à défaut d’autres mots devient-il conscient de lui-même qu’à travers sa création ?c’est une question.

Pour répondre à la question de B l’homme peut se reconnaître sûrement à travers les hommes mais pas seulement. Il y a aussi des êtres sur d’autres plans. Cette dernière strophe de « l’unité »  pose également la question de savoir si la création a été fabriquée suivant un plan pré établi  ou bien mis en branle par le désir ou bien elle s’est débrouillée d’elle-même, autrement dit les plans étaient-ils précis ou bien très schématiques. Autrement dit l’Architecte s’est-il contenté de dessiner le plan général de la cuisine ou a-t-il été jusqu'à dessiner les brûleurs de la cuisinière. Cette strophe nous indique qu’il y a une force qui veille sur la création.

 

 

 
. 
par maybruce publié dans : l'adepte
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Jeudi 15 novembre 2007

DUO SUR CANAPE

                                                    

Dans la cuisine de l’Hacienda du bout du monde, Juanita et la vieille indienne au nom imprononçable que tout le monde appelait « Nora », préparaient le petit déjeuner. Le soleil inondait la cuisine et les petits carreaux de couleurs se reflétaient sur le pavé. Aujourd’hui était un nouveau jour. Juanita la jeune indienne au visage rond, aux cheveux noirs corbeau , mais au visage sévère et serré préparait le café »

« Et dit donc Juanita il faudra monter le petit déjeuner chez M.Riberio »

« Mais je »

« Il n’y a pas de mais, il ne te mangera pas »

«  J’ai peur » répondit-elle  

« Il tient absolument à ce que ce soit toi qui monte la boisson, car il tient à faire ta connaissance »

« Mais pourquoi moi, je ne le connais pas »

« Oui mais lui t’a vu, en faisant sans doute quelques magies, il veut te voir ne le déçois pas » 

Juanita monta en tremblant les escaliers, elle avait bien du mal à tenir le plateau, la petite cuillère tintait contre le bord de la tasse. L’esprit de Juanita tournait à plein régime. Et s’il me jetait un sort ? S’il m’ensorcelait ou pire me transformait en esclave par le pouvoir de sa magie. Rassemblant tout son courage, bien décidée à redescendre les marches  elle arriva enfin devant la pièce. La porte s’ouvrit d’un coup.

« Entre Juanita, et ne crois  pas tout ce que tu as pu entendre sur moi »

Mais c’est impossible comment sait-il ce que je pense. La terre trembla, elle ouvrit la bouche comme une carpe gobant des lentilles d’eau. Tout tremblait autour d’elle, ses jambes faillirent la trahir. Un jeune homme la regardait, ses yeux brillaient comme des braises, bien qu’ils fussent noirs. Et ses yeux reflétaient une immense compassion. Son sourire avait la douceur d’une rivière de plaine. Sont teint était mat et ses cheveux noirs de jais.

« Je t’attendais Juanita, je t’en prie n’ai pas peur, je suppose que tu t’attendais à voir un vieux sorcier effrayant avec un grand nez crochu et que finalement tu es bien contente de voir un jeune homme »

Elle éclata de rire, soulagée

« Mais comment savez vous tout cela »

« Oui tu te demandes comment je lis dans les pensées et bien tout d’abord parce que tu le veux bien et deuxièmement parce que nous sommes en harmonie. Assis toi un peu, reste, je t’en prie, oh que tu as de belles jambes Juanita »

Elle rougit, elle s’assit sur le bord de la chaise. Riberio lui caressait le visage, une partie d’elle voulait partir, mais une autre partie plus forte la retenait. Riberio l’embrassa sur la joue, qu’elle douceur, elle entrouvrit ses lèvres malgré elle. Un frisson imprévu la parcourait des orteils à la racine des cheveux, ce fût lui qui pris l’initiative du baiser, et elle y pris un grand plaisir, elle agissait malgré elle.  

Non Juanita, je ne profite pas de mes pouvoirs, notre rencontre était programmée»

Ses mains doucement se faufilaient sous le chemisier bleu de Juanita

«  Je sais, tu as peur de ne rien ressentir, comme tous tes autres contacts physiques avec les hommes, mais cette fois tout se passera bien, tout se passera pour le mieux, fixe mon regard, perds toi en lui, jusqu’à ce que tu ne puisses plus le faire, jusqu’à ce que tes yeux se ferment d’eux mêmes, laisse filer tes pensées, laisse agir ton corps, tout se passera bien, nous avons tout notre temps, j’ai prévenu Nora la matinée est pour nous, rien que pour nous »

 Dans la chambre voisine, Isabel se réveillait, le prêtre Emmanuel était à côté d’elle. Elle se trouvait dans un état paradoxal, elle se sentait très détendue par sa nuit de plaisir et elle se sentait triste à la fois, comme si elle sentait qu’Emmanuel allait lui échapper. Et c’est ce qu’il allait faire bientôt. Elle se leva avec l’aisance d’un félin, elle était nue. Elle s’habillait avec grâce tout en fixant la chaise où le prêtre avait laissé ses habits.

« Ah, je ne comprends pas, pourquoi portes tu toujours ta soutane « 

« Question d’habitude, Isabel »

« L’habitude cela te perdra un jour »

« Quelque chose ne va pas, tu es bien morose, t’ai je fais quelque chose, ou dit quelque chose qui ne te plairais pas » 

Isabel était incapable de mentir

« Non, mais je suis très inquiète, de Monterrey montent des bruits et des rumeurs, et elles parlent de persécution envers les français et plus particulièrement les religieux, je pense que tu devrais t’habiller en mexicain, puis tu devrais parler le moins possible, vu ton espagnol, tu as un de ses accents»

«  Oh, je suis sur tu t'inquiètes pour rien comme d’habitude toujours aussi anxieuse »

« Non cette fois ci, mon inquiétude ne provient pas des récoltes, ou bien du cours du bétail, il faudra te cacher et Martine aussi (Le Wen, l’annamite baptisée Martine »

« Martine sans son habit de religieuse, mais tu n’y penses pas »

« Qu’en pense Bernardo »

«Il dit que c’est un pays de sauvages, toujours en guerre ou en révolution.Je suis sérieux Emmanuel « 

«  Viens faire un câlin, nous aviserons plus tard »

Elle répondit que le temps pressait. Elle partit chercher une cache pour ses invités Emmanuel et Martine en cette belle matinée de printemps. 
Juanita se réveillait quelques heures plus tard, elle se précipita hors du lit.

 

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Mercredi 7 novembre 2007

« Et alors »

"A ce pauvre Monsieur Bernardo, il en a eut bien des malheurs, pour commencer il y a eu cette chute de cheval quant il avait dix ans, depuis ce grave accident il a de toutes petites jambes.

Et il a eut bien du mal à marcher, de plus ses parents sont morts il y de cela maintenant trois ans, alors Isabel est revenue, elle qui avait disparue depuis presque vingt ans."

«Ah je comprends Isabel est l’amante cachée de M.Bernardo» 

« Non, pas du tout, tu vois, ici tout est bizarre, attention tiens toi bien, ce n’est pas son amante, Isabel est la mère de M.Bernardo."   

« Mais tu viens de me dire que ses parents étaient morts il y a trois ans »

« C’est la mère cachée elle a eut M.Bernardo quand elle avait quinze ans quelques mois, les parents sont partis à Monterrey, puis ils sont revenus avec un enfant, un bébé, mais Isabel est restée quelque temps, puis elle est revenue vivre dans une petite maison près d’ici, près de l’hacienda, de toute façon la mère de Bernardo ne pouvait pas avoir d’enfant. Le père en pinçait pour la petite Isabel, il a continué à la voir des années et des années après dans la petite maison » 

« Mais ils n’ont pas eu d’autres enfants »

« Je ne sais pas, peut être ont-ils été voir un chaman pour empêcher les naissances, peut être ne pouvait elle plus en avoir, dans ce cas même les chamans ne peuvent rien sauf peut être le grand sorcier, le grand Riberio »

« Je ne sais pas si c’est son vrai nom, le Français le nomme Jean »

« Qui est le Français ? »

«  C’est un prêtre, un curé, il est resté ici après la défaite des troupes françaises, il se trouve bien, que demander de mieux, les repas sont bons le vin gouleyant et puis il y a ses deux femmes  « 

« Quoi, s’exclama Juanita, un prêtre qui a deux femmes, de mieux en mieux, mais quelle maison, mais au fait je ne suis pas curieuse, enfin si, il faut bien l’avouer, qui sont ces deux femmes ? »

«  La première c’est Isabel, tu t’en serais doutée,  elle peut ensorceler tous les hommes qu’elle veut, qui peut résister aux charmes d’Isabel »

« Mais tu m’as parlé de deux femmes »

« Oui la deuxième c’est l’annamite, l’indochinoise si tu préfères, c’est la religieuse qui viens faire des soins au pauvre M.Bernardo »

«  Quoi en plus une religieuse, mais quelle maison, ce n’est pas possible »

« Je ne crois pas qu’ils soient passés au lit, mais le curé il est bel et bien amoureux de la religieuse »

« Mais que dit Isabel »

« Elle fait semblant de ne rien voir, mais elle est triste, imagine, une si belle femme qui n’a pas connu d’amour vrai, elle a connu seulement le plaisir, et puis une si bonne personne, elle a beaucoup de respect pour les petites gens comme nous, ici nous sommes tranquilles et bien payés sans trop travailler, et de plus nous ne risquons être attaqués par les Apaches »  

«  Ah bon et pourquoi ? »

«  Ils ont bien trop peur de la magie de Riberio, ici c’est vraiment spécial, il faut s’y faire.. Riberio leur donne de temps en temps une tête de bétail aux Apaches ainsi ils n’ont pas de raisons de piller l’hacienda, c’est un grand chaman, toutes les haciendas de la région ont été pillées sauf la notre  »

« Ce Riberio est-il indien »

« Non, mais de toutes façons personne ne sait d’ou il vient, il est venu un jour il y a de cela un an, il prétendait venir d’une tribu Hopi, tu sais les indiens du Nouveau Mexique. Les Hopis se sont tous des sorciers, ils sont habillés de blanc, c’est un fameux guérisseur Riberio, l’autre jour par exemple, je suis tombé dans les escaliers, et j’avais une entorse, il a posé sa main et puis ... tout a disparu, comme une vessie de porc crevée, il a regard, un regard qui vous déshabille »  

« Je ne sais pas si je pourrais le supporter »

«  Non ce n’est pas ce que tu crois, il ne déshabille pas les corps, seulement les âmes »

« Alors s’il est aussi fort que le grand chaman Jésus pourquoi n’a-t-il pas pu soigner M.Bernardo »

«  Il soigne certes mais il ne fait pas de miracles, si les jambes sont courtes, il ne peut pas les rallonger, mais quand même M.Bernardo ne quittait pas son fauteuil, il a quand même réussi à le faire remarcher, il a mis des bouts de bois, il lui a fait faire des mouvements »

« Comme les rebouteux »

« Non Riberio a dit que c’était un métier qui n’existait pas encore, puis il a dit à M.Bernardo ; tu feras peut être ce métier plus tard, je ne comprends pas très bien ce qu’il a voulu dire »

« Oui de plus en plus bizarre cette Hacienda «  dit Juanita.

« Tu n’as pas peur au moins »

« Non, mais je suis curieuse, de plus je ne voudrais pas le rencontrer au fond d’un bois ce Riberio, et ton curé avec tout cela, il ose encore faire la messe »

Non mais pour qui la ferai-t-il ? Il est porté disparu pour les français »

« Mais il fait bien encore les confessions » 

 « Oh tu sais il est mal  placé pour faire la morale, imagine que tu lui dises que tu dormes avec un homme avant de te marier, que veux-tu qu’il te dise, de toute façon pour nous les indiens ce n’est pas un péché et de plus il suit les enseignements de Riberio qui ne sont pas dans les idées très catholique. Moi cela ne me choque pas en tant qu’indienne, je trouve cela pas mal du tout que les indiens convertissent les curés, c’est le contraire d’habitude »

 

 

par maybruce publié dans : Recits
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